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Quand le Hamas et le Jihad islamique se finançaient via des dons en cryptomonnaies

Entre avril 2021 et juin 2023, le Jihad islamique palestinien et le Hamas ont récolté 136 millions de dollars en cryptomonnaies, selon l'analyse des flux sur les blockchains.

Cinq jours après l'attaque terroriste surprise du Hamas en Israël depuis Gaza, le Wall Street Journal s'interroge: le mouvement islamiste palestinien a-t-il financé cette attaque avec des cryptomonnaies? Désigné comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, le Hamas a un accès limité au système bancaire international. Dans ce contexte, certains groupes armés ennemis d’Israël ont récolté plusieurs millions de dollars en cryptomonnaies au cours des dernières années, selon la société Elliptic, spécialiste des blockchains.

Entre avril 2021 et juin dernier, le Jihad islamique palestinien et le Hamas ont respectivement reçu 93 millions et 43 millions de dollars de dons, soit un total de 136 millions de dollars, en cryptomonnaies. Par ailleurs, plusieurs groupes terroristes transféraient également des cryptomonnaies entre leurs différents portefeuilles cryptos, le Jihad islamique palestinien ayant ainsi envoyé plus de 12 millions de dollars en cryptomonnaies au Hezbollah depuis 2021.

"Les chercheurs qui étudient le financement du Hamas ont déclaré que les cryptomonnaies restent l'un des nombreux outils que le groupe utilise pour lever des fonds, notamment pour importer de l'argent liquide à Gaza depuis l'Égypte. Les États-Unis affirment que l'Iran est depuis longtemps le principal bienfaiteur de ces groupes, le financement régulier de Téhéran s'élevant à environ 100 millions de dollars par an", peut-on lire.

Le Wall Street Journal n’a pas été en mesure de vérifier si ces dons en cryptomonnaies faits aux groupes terroristes "ont été directement utilisés pour financer l’assaut".

"Beaucoup plus facile"

Utiliser les cryptomonnaies est "beaucoup plus facile que de faire passer clandestinement de l'argent liquide à la frontière égyptienne", a déclaré Matthew Price de chez Elliptic. Pour autant, il faut rappeler que seulement 0,24 % de l'ensemble des cryptomonnaies en 2022 était associée à une activité illicite, selon le dernier rapport de Chainalysis sur la criminalité financière. Il convient donc de nuancer l'utilisation des cryptomonnaies dans le cadre d'activités illicites, bien qu'il s'agisse d'un outil supplémentaire au même titre que l'argent liquide.

Par ailleurs, de moins en moins de criminels ont recours aux cryptomonnaies qui sont traçables sur des blockchains publiques, comme l'a récemment déclaré le colonel Nicolas Duvinage. C'est dans ce contexte que le Hamas a arrêté en mai dernier de récupérer les dons en bitcoins afin de "protéger ses donateurs", alors qu'il faisait appel aux dons depuis 2019. L’arrêt de cette collecte montre que le groupe armé "a appris la même leçon que beaucoup d'autres qui cherchent à utiliser les actifs numériques à des fins illégales: les cryptomonnaies ne sont pas propices à la criminalité", rappelait alors Chainalysis.

Gel des portefeuilles cryptos du Hamas

Si le Hamas avait arrêté les dons en bitcoin, le groupe terroriste a néanmoins relancé un appel aux dons en cryptos sur les réseaux sociaux samedi 7 octobre à la suite du déclenchement de la guerre. Mardi 10 octobre, la police israélienne a gelé, en collaboration avec Binance, des comptes cryptos que le Hamas a ouvert dans ce cadre.

"Il n’a pas été possible de déterminer la quantité de cryptomonnaies que les autorités israéliennes ont saisie dans les portefeuilles. Les chercheurs ont déclaré que cela ne représentait probablement qu’un petit pourcentage du montant total des fonds qui transitaient", précise le journal.

Ce n’est pas la première fois que les autorités israéliennes saisissent des portefeuilles cryptos appartenant au Hamas: en mai dernier, Reuters rapportait la saisie par la police israélienne d’environ 190 comptes cryptos, dont deux liés à l’Etat islamique et d’autres appartenant au Hamas, a rapporté Reuters en mai dernier.

Depuis que les transactions du Hamas sont dans le viseur des autorités israéliennes, le mouvement islamiste palestinien s'est tourné vers des systèmes qui "génèrent des adresses cryptos et aident à masquer son véritable portefeuille", a déclaré Ari Redbord, ancien haut responsable du Trésor américain, aujourd'hui travaillant chez la société de renseignement spécialisée dans les blockchains, TRM Labs.

Pauline Armandet