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Disparition d’Émile: lourde ambiance au village du Vernet alors que les langues se délient

La famille du petit Émile a toujours été d’une grande discrétion depuis plus de vingt ans dans le village du Vernet. Pour autant, la rigueur du grand-père ne passe pas inaperçue aux yeux de certains.

Les caméras sont parties. Les voitures de gendarmes aussi, même si les enquêteurs en civil ne passent pas inaperçus dans ce bourg où tout le monde se connaît. Il y a des gamins qui font du vélo dans les ruelles et les boulistes enchaînent les galéjades à deux pas du bistrot lorsque le mercure laisse respirer la terrasse en fin de journée.

S’il n’y avait pas cet arrêté municipal interdisant la circulation vers le hameau du "Haut", rien ne laisserait imaginer que le village vit dans la crainte et le doute depuis bientôt quinze jours et la disparition du petit Émile. La crainte de découvrir quelque-chose. Le doute de ne jamais savoir.

"Effectivement, la vie reprend son cours. On se retrouve le soir au bar pour parler de tout et de rien. Mais aussi d’Émile" admet une habitante à l’année. 

Le petit garçon de deux ans et demi n’a pas encore été retrouvé. Il a disparu depuis le samedi 8 juillet dernier. Ici, tout le monde a un avis. Du drame familial à l’accident de la route maquillé, en passant par l’enlèvement ou tout simplement l’égarement dans un coin de nature qui n’aurait pas été ratissé. Des coupables idéals sont désignés. "Dans un petit village, la rumeur peut être terrible. Il faut savoir s’en détacher" souligne une enquêtrice.

Disparition d'Émile : comment sortir de l'impasse ?
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"Ils ne parlent à personne"

Au Vernet, le voisinage jette systématiquement un œil par-dessus son épaule. Notamment sur la famille du petit Émile, toujours soudée et unie dans leur maison familiale. "Ils sont là depuis longtemps mais personne ne les connaît vraiment" admet un villageois, qui parle pourtant des grands-parents comme s’il les fréquentait depuis des lustres. "Je l’ai lu dans les journaux" est une phrase qui revient souvent lorsque les habitants du Vernet se livrent sur cette famille qui tente de faire face.

Leur moindre déplacement est scruté. "Je les ai vu à la piscine" souffle une figure locale. La maman d’Émile retourne en effet dans le bassin municipal le matin. Elle a été aperçue avec la petite sœur, la grand-mère, des oncles et tantes de l’enfant disparu.

"Ils ne parlent à personne, sauf au maître-nageur. Ils ont le droit d’aller à la piscine quand même. Ne serait-ce que pour occuper la petite sœur d’Émile!" s’agace une habituée des lieux. D’autres s’avèrent moins solidaires au moment d’évoquer les attitudes de la famille du petit garçon. 

Un patriarche strict, "une éducation à l'ancienne"

Peu à peu, les langues se délient au Vernet. Et parfois, elles persiflent. Particulièrement lorsqu’il s’agit d’évoquer les traits de caractère du grand-père d’Émile, le jeune patriarche de la famille. Discret, droit, rigoureux sont des adjectifs qui reviennent souvent. Sévère et sanguin aussi. "Dès le départ, tout a été mis en place pour qu’il ne croise pas un journaliste. Nous avions peur de l’incident" reconnaît un habitant du village, rapidement présent au Haut-Vernet lorsque la disparition d’Émile a été signalée.

Un autre vernetois raconte une scène dont il a été témoin: "C’était un été. La famille du petit chantait dans l’Église et à la fin de la représentation, l’un des enfants en conduite accompagnée a légèrement percuté une voiture. Le propriétaire a voulu faire un constat mais la mère était affolée et a promis de revenir le lendemain avec du liquide pour dédommager la personne. Elle ne voulait surtout pas faire de constat. 'Sinon, mon mari va se mettre dans une rage folle'. C’est ce qu’elle a dit".

Un membre du conseil municipal se veut plus mesuré: "Strict, oui. Ses enfants ont intérêt à filer droit. Mais nous n’avons jamais rencontré de difficultés avec lui. C’est une éducation à l’ancienne, comme pouvaient l’avoir nos grands-parents. Une éducation religieuse". 

La religion, en effet, est le pilier de cette famille qui affronte une vraie tragédie. "Nous leur devons un immense respect. Nous devons respecter leur douleur, leur volonté de prière et de recueillement. Nous pensons à eux" témoigne le père Bernard Coste, qui a accompagné la famille d’Émile durant plusieurs jours en célébrant des offices religieux dans la chapelle du Haut-Vernet.

La dernière messe au village a été célébrée dimanche. S’ils sont peu nombreux à fréquenter les lieux saints, tous les habitants de la bourgade partagent pourtant la même volonté: qu’un miracle se produise au Vernet.  

Valentin Doyen